Joseph-Marie Chiron : le fou de Dieu (2)

La seule représentation retrouvée du Père Chiron.
Église de Saint Martin le supérieur (07)

Nous avons suivi Joseph-Marie Chiron sur les sentiers tumultueux d’une vie de quête incessante, de recherche d’absolu et d’abnégation envers ses frères humains.
Il nous faut maintenant revenir sur les principales affabulations qui ont vu cet homme épris de pureté et de silence être récemment impliqué dans de basses besognes de revente d’un trésor fantasmé.

Ces supputations s’appuient sur plusieurs points :

1 - Une supposée soudaine richesse qui serait survenue vers 1830,

2 - Des amitiés dans la ville de Lyon fréquentée, parait-il, par Bérenger Saunière en son temps,

3 - Une mort dans, je cite « les bras de Gauderic Mèche, aumônier en 1852 de Notre Dame du Cros »,

4 - Et enfin une suspicion de recel et de trafic qui aurait interdit toute accession au statut terrestre de sainteté.

Ce sont ces quatre allégations que nous allons maintenant analyser.

1 – la richesse illusoire du père Chiron


Au nombre de ses acquisitions, nous avons :

Comment ?


Le 23 mai 1825

Une pauvre maison et son terrain pour y loger sa toute première équipe des sœurs de "Saintes Marie de l'Assomption" à Saint Martin l’inférieur. 
Cette acquisition se fit au prix de 700 frs payables sur quatre ans. Ces 700 frs était ce que touchait pour son sacerdoce Joseph Chiron sur une année. Il solda cette somme en 1829, alors que déjà sa congrégation avait quitté Saint Martin.

Par le jeûne, les privations, les quêtes et les pensions (300 frs par aliénée que devait lui verser le département de l’Ardèche pour ses bons soins), plus lorsque les familles pouvaient payer.

Son excellent biographe Eugène Gérard Poillon écrit : "Toujours la question d'argent réapparaît, tenaillante, obsédante, la pauvreté avait été le partage du père Chiron dès les débuts de la congrégation à Saint- martin, elle sera sa compagne fidèle jusqu'à la mort… "


L'asile sainte Marie et le Mont Toulon sur lequel se dresse le calvaire de Joseph Chiron 
(Coll. Ch. Attard)


Le 2 mars 1827 

A Privas l’acquisition d’un petit immeuble et de terrain à la Croix du Roure toujours en location avec promesse de vente, vente qui se concrétisera en 1839. Le financement se fera par un appel aux dons, des quêtes avec autorisations mais cette fois, dans les départements de la Drôme, de la Haute-Loire et même du Rhône et par les pensions des malades. Ces faits sont attestés par une lettre du préfet de l’Ardèche.

Mais après tout ne ne sommes pas encore en 1830 où, parait-il, une manne va lui tomber du ciel comme pour le très ascétique Nicolas Pavillon !


En 1835

L'hospice de Clermont créé par le facétieux Xavier Tissot est en pleine déroute financière et se donne au père Chiron. Il signe alors un nouvel acte de location avec promesse de vente d'une maison de maître et de ses dépendances pour la somme de 20 000 frs auquel il faut ajouter 7 000 frs car le domaine est morcelé entre plusieurs propriétaires. Somme conséquente en effet, mais la location annuelle n'est que de 1100 frs auquel il faut ajouter 1 000 autres francs de réparations et travaux

Sans argent à cette époque comme avant, les quêtes doivent reprendre et les sollicitations aux généreux donateurs aussi.
Des négociations pour l'achat de dépendances de l'abbaye de Saint-Alvyre pour la somme de 120 000 frs n'aboutirent pas, il est probable que le vendeur le député Tourraud-Bonnefoy n'accepta les conditions de paiements du père Chiron qui devait espérer compter sur l'aide de la Providence ou de ses mécènes lyonnais.


La très modeste chapelle ermitage du Mont-Toulon construite par Joseph Chiron 
(CPA CIm -Coll. Ch. Attard)


Le 5 août 1840

Il fait l'acquisition du Mont Toulon au dessus de Privas pour la somme de 5 000 frs auxquels il faut soustraire 2000 frs car Joseph Chiron accepte de prendre en charge le couple qui lui vend le terrain. Il complétera l'achat par quasiment des dons de terre ( 5 frs et 15 frs en échange de prières pour les vendeurs !)

Six ans après, il préféra « éviter » de trop s’attarder à Privas de peur que M. Michelon, entrepreneur qui avait réalisé les premiers travaux ne lui rappelle sa dette qu’il était dans l’incapacité de régler.

Le calvaire du Mont-Toulon construit par Joseph Chiron et payé par les notables de Privas.

A propos de ce Mont Toulon, une anecdote que nos affabulateurs se gardent bien de donner est très révélatrice. Partout où il passa, le père Chiron fit élever des calvaires, il fit de même sur le Mont Toulon et l’on peut encore voir les trois croix qu’il fit dresser. Comment paya-t-il un si imposant ouvrage ? En faisant accomplir le travail par diverses entreprises de la ville et en adressant un courrier de demande de paiement aux principaux notables qui s’exécutèrent en souriant du procédé pour le moins cavalier ! Voilà qui révèle bien le caractère de père et son manque récurrent d’argent.


Mai 1845
Il n’acheta plus rien jusqu’en mai 1845, où il fit l’acquisition des ruines du prieuré de Saint-Jacques de Camarola devenu pour lui Sainte-Croix. Achat et travaux seront réglés par un mécène, membre du groupe de laïcs qu’il a formé à Perpignan, M. de Guardias.

A sa mort cette dette n’était toujours pas remboursée et il spécifia par son testament fait au bénéfice du père Eugène de Potriès que le seul bien qu’il laissait : ce prieuré même, devait être vendu pour rembourser le prêteur, ce qui fut fait quelques années après. Avant cela il quêta lui-même à Montpellier, Nîmes, Avignon, Marseille tout le long de ses remontées vers Lyon.


Nous venons de le comprendre, le père Joseph-Marie Chiron ne posséda jamais la moindre liquidité lui permettant d'envisager sereinement l'avenir financier de ses fondations. Ces acquisitions se construisirent toutes sur un système de location avec promesses de vente lui permettant d'étaler l'achat sur plusieurs années, le temps par d'incessantes quêtes, par des dons conséquents ou encore par quelques faibles subventions de faire face aux premiers loyers. Malgré ce procédé Joseph Chiron dut faire face à une incapacité récurrente à rembourser ses dettes, dettes qui seront prises parfois en charge par le père Bal, bien meilleur gestionnaire qu'il ne le fut jamais. 
Ajoutons à cela que le religieux avait l'argent en sainte horreur et qu'il renonçait à ne serait-ce que le toucher, se faisant déposer le fruit de ses demandes dans une poche. Et enfin, qu'il fit parfois preuve d'une grande confiance en la Providence allant jusqu'à déposer par écrit des demandes touchantes d'aide financière sur la pierre de calvaires ou de sanctuaires dédiés à Marie.

Bien sûr, on pourra toujours prétendre que l'argent de ses "recels de trésor castelrennais via Gauderic Méche" profitait à ses créations et pas à lui. En 1848, n'oublions pas que sa prétendue soudaine fortune interviendrait selon nos avisés observateurs vers 1830, en 1848, il écrit au père Bal, responsable de ses congrégations depuis son départ : " je vous engagerais à faire tout votre possible pour acquitter entièrement l'emprunt de M. Laporte. Il a éprouvé de grandes pertes du fait de cette République et cet argent lui est dû depuis tant d'années ! "

A propos de ce M. Laporte, il est temps maintenant que nous avons compris que Joseph-Chiron ne fut jamais riche d’un quelconque trafic de s’intéresser à ses amitiés lyonnaises.


                  2 – les amitiés lyonnaises

Introduit par Paul de Magallon, dans le cercle des amitiés d'une mystique lyonnaise nommée Pauline-Marie Jaricot (1799-1862) créatrice de l'œuvre de la Propagation de la foi, Joseph-Marie Chiron est présenté aux sympathisants et mécènes de l'œuvre. Parmi eux, il fréquentera plus particulièrement M. Claude Laporte, riche marchand drapier qui le financera souvent et l'accueillera dans sa maison lors de ces passages à Lyon. 

Il a beaucoup été question d'un orfèvre propre à tous les fantasmes car qui mieux qu'un orfèvre dans l'esprit populaire peut " recycler" or et pierreries du fabuleux trésor de Rennes-le-Château ou les Bains. Voilà ce qu'écrit de lui Joseph Chiron : 

"Notre premier orfèvre à Lyon est un homme pieux et généreux. Il a fait les premières croix et il mérite bien de continuer à les faire. C'est un garçon petit, bossu, converti, il est d'une grande foi, ne tient pas aux biens de la terre et sacrifie du sien pour le bien des églises ". 

D'abord précisons que l'homme fut luthérien avant de se convertir au catholicisme, puis que la syntaxe de cette phrase claire le démontre bien, ce n'est pas l'orfèvre qui profita des largesses ou des trésors supposés avoir été négociés par Joseph Chiron mais bien l'inverse. Le mécène est bien Pasquier. 

Une autre convertie Mme Louis Vialard-Schroeder soutiendra de sa fortune toute sa vie le père Chiron son directeur de conscience ; C'est elle qui achètera le marbre de sa pierre tombale. Enfin notons que ce cercle de généreux donateurs agit aussi pour d'autres prêtres célèbres dont le curé d'Ars, Jean-Marie Vianney ou le père Pierre-Julien Eymard que nous avons déjà évoqué. Ont-ils, eux aussi, trouvé une grotte au trésor ?

Intelligemment en se déplaçant vers le sud, le père Chiron comprendra qu'il lui est nécessaire d'avoir d'autres soutiens et ce sera le rôle de l'association de l'heureuse famille de Marie qu'il créera à Perpignan en 1844 et où nous retrouvons M. de Guardias et le couple Ornano, financiers de ses ermitages.

Le portrait de Pauline Jaricot - Église Saint-Nizier de Lyon 
Source libre - Wikipédia  


Vers la suite

Retour vers la Reine