L'Ermitage de Galamus  - 1-




l'ermitage en 1821


L'ermitage de Galamus en 1821 d'après une gravure d' Antoine-Ignace Melling (1763-1831)




Galamus

Les grottes de Galamus au Nord-Ouest de la commune de Saint-Paul-de-Fenouillet dans les Pyrénées Orientales, s'ouvrent au milieu d'une falaise impressionnante surplombant le cours de l'Agly. Agrippé au roc, au dessus d'un précipice vertigineux s'est construit au fil des temps le petit ermitage de Saint Antoine. Il est aujourd'hui l'un des sites les plus visités des Pyrénées.

Ces grottes furent de temps ancestraux, un refuge mais dès le VIIème siècle,  des ermites s'y installèrent à demeure. Ils placèrent tout naturellement le site sous la protection de Saint Antoine le Grand (251-356), patriarche des moines du désert égyptien et premier ermite chrétien. Le nom de Galamus évoque d’ailleurs le Calamus, roseau d’Égypte poussant et ayant donné son nom à la région où vécut Saint Antoine. Mais ils n'oublièrent pas non plus l'autre grande figure de l'érémitisme : sainte Maire-Madeleine.

Tout dans la profonde énigme des deux Rennes incite à prendre en haute considération cet impressionnant endroit (pourtant si peu traité par les chercheurs) : le rappel insistant et à Rennes-le-Château, et à Notre-Dame-de-Marceille de l’état d’ermite (Marie-Madeleine et St Antoine), le passage en ces lieux de personnages troublants et le décor même de la chapelle principale qui n’est pas sans rappeler par ce carré Sator surmonté d’une tête lugubre et ses meules aux chrismes les écrits d’Henri Boudet. Lui qui insiste tant sur l’aigle et l’aiguillon, a-t-il songé aux méandres de l’Agly, la rivière de l’aigle que l’on aperçoit parfois survoler le précipice ?


Il a manqué en tout cas de nous signaler que le Tau, symbole de Saint Antoine signifie en gallois  " être silencieux " ! et qu’au Pays de Galles, une source d’eau pure portant le nom de Tau coule en région de Béthania ! !

 

L’insistance à associer la lettre grecque TAU à ces ermites que le curé Gasc nous précise viennois, nous incite aussi à nous souvenir que la lettre fut symbole du nombre d’or : 1.618,  signe de pénitence, de l’église gnostique de Doinel, des abbés grecs mais surtout, pour ces moines de Galamus sous obédience franciscaine, une marque souvenir du Saint qui l’utilisait comme signature.

Or, si St François d’Assise usait de ce signe pour marquer murs, arbres, hommes et maisons, il le faisait en référence au prophète Ezéchiel qui par ce même signe pensait que les justes échapperaient, aux temps derniers, aux courroux du Dieu vivant dans l’Arche d’Alliance





Mais le Tau est aussi la dernière lettre de l’alphabet grecque Tau et notre Z : THAUZE. Comme ce Pech de Thauze, si énigmatique lui aussi.

Etrange lieu donc que cet ermitage, fréquenté aujourd'hui par de trop de bruyants pèlerins, lieu de culte autrefois depuis le miracle dit de la Suette de 1782 qui renforça encore la vénération à St Antoine.





Qu’allait donc chercher là ces ermites ?

Peut-être justement cette proximité infernale propice à toutes les tentations que combattait avec tant de courage le bon st Antoine et que nous rappellent les versions successives de ce troublant tableau dans Notre-Dame-de-Marceille. Mais l'on ne peut pas dire que tous les locataires de Galamus surent résister à leurs démons loin de là !

Sur ce roc, la vie était extrêmement difficile. Si des sources alimentaient l'ermitage en eau pure dispensant de descendre jusqu'au torrent, s'alimenter était autrement plus ardu. Mais il ne faut pas se fier à l'apparence des lieux aujourd'hui car les plus vaillants ermites avaient réussi un petit potager, ramassaient fruits et herbes sauvages dont il faisaient des simples que les villageois achetaient parfois ou échangeaient contre quelques victuailles.

Les fêtes du bon saint Antoine, de l'exaltation de la Sainte Croix ou de Pâques amenaient des processions de villageois et leur dons.

Une légende prétendait fort à propos que les jeunes gens en quête de conjoints devaient aller faire tinter la cloche de l'ermitage pour trouver dans l'année à se marier. Aussi peut-on supposer que l'ermite ne vivait jamais très longtemps coupé du monde, du moins aux beaux jours et pouvait espérer quelques subsides de temps en temps.









L'ermitage de Galamus
L'ermitage en avril 2016.
(Photo Christian Attard)




Mais que nous rapportent les chroniques sur cette ermitage ?

En 1817, les villageois de Saint-Paul coupèrent un gigantesque buis qui faisait l'admiration des visiteurs de l'ermitage. Menaçai-il la stabilité des lieux ? Les articles ne nous précisent rien de plus. Vers 1826,  le site est décrit par M. Mellind dans son ouvrage "Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises" comme abandonné par son ermite.
Mais deux ans plus tard, la messe de la fête de l'exaltation de la Sainte Croix y est à nouveau célébrée en catalan !





Fêtes de Galamus

Journal des Pyrénées Orientales du 25 août 1827




Au printemps 1843, c'est un autre étrange personnage le père Joseph-Marie Chiron qui en errance, va s'installer pour quelques mois dans l'ermitage.  Nous avons compté par ailleurs sa vie pleine de rebondissements et de tumultes. En septembre 1843 est érigé le chemin de croix par frère Joseph-Marie et le curé de Saint Paul.

En février 1870, la rudesse de l'hiver est telle que le commissaire de Saint-Paul et son garde champêtre doivent porter secours à deux pauvres ermites isolés dans les gorges. Le frère Pierre, ermite de Galamus ne passera pas cet hiver là.




Tombe frère Pierre

Pierre tombale du pauvre frère Pierre qui mourrut le 6 février 1870 à Galamus.
(Photo Christian Attard)




En mai 1893, les membres de la Société d'études scientifiques de l'Aude font étape à l'ermitage et ne rencontrent qu'un gardien. Ils notent que le dernier véritable ermite, le frère Pierre est mort en 1870, donc durant ce terrible hiver, assité par le curé de Saint-Paul-de-Fenouillet qui s'inquiétait de ne plus avoir de ses nouvelles. Depuis tout y est à l'abandon. Ils y reviendront en mai 1901.

En mai 1904, le nouveau tronçon de chemin de fer de Quillan à St-Paul-de-Fenouillet va ammener un très grand nombre de visiteurs à l'ermitage et il en sera fini pour un temps de sa tranquillité.

En avril 1922, un nouvel ermite vient s'y installer dans un ermitage remis à neuf.




Avril 1922

Le journal "L'Eclair du 18 avril 1922




Mais il doit s'y sentir un peu seul puisqu'il fait passer cette étonnante annonce dans le journal "L'Eclair" du 14 avril 1923 :



Locataire




Il n'y restera pas longtemps puisqu'en 1927, l'ermitage est à nouveau à l'abandon. En 1929, les excursionnistes du Turing club feront halte à l'ermitage pour y déjeuner d'excellentes barbeaux truités de l'Agly dont la pêche était pourtant prohibée.

Christian Attard




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