Les 4 principaux modèles de chemins de croix 
des ateliers Giscard (1)
par François Pous




J'ai à la fois le plaisir et l'honneur de laisser place à mon ami François Pous.
Par la teneur et la qualité de son travail, il est très certainement le meilleur spécialiste de l'œuvre considérable de la famille Giscard. Par son approche, nous comprenons mieux aujourd'hui comment Bérenger Saunière choisit la décoration de sa petite église. Il était indispensable de replacer ses achats dans le temps et la production des ateliers Giscard de son époque voilà qui est chose faite. 


Après avoir retrouvé dans les églises de nos régions plus d'une quarantaine de chemins de croix de la maison GISCARD, (nombre assez modeste en regard de tous les CdC qui ont été livrés par le statuaire toulousain en France et, pour quelques-uns, à l'étranger) quelques constations se présentent.

Certains chercheurs bien connus de cette affaire disent en avoir vus une centaine. Leurs conclusions rejoindront-elles les miennes ? J'espère qu'ils nous le feront savoir après avoir lu ces lignes.










Tout d'abord un petit rappel : Nous savons que les registres des Établissements Giscard (1) mentionnent des commandes de Bérenger Saunière au statuaire en janvier 1891 (chaire, bas relief avec statue pour le frontispice de la porte d'entrée de l'église), novembre 1896 (statues, chemin de croix, bas relief de l'intérieur de l'église), janvier 1897 (bénitier formé par 4 anges) et mars 1897 (une statue de Bérenger, un bon pasteur).

Le contrat Saunière-Giscard précise la commande de novembre 1896, celle qui nous intéresse concernant le chemin de croix. Je n'ai jamais vu ce contrat. Sa retranscription figure cependant sur le site internet de Jean-Pierre Garcia (2) et dans « L'ABC de RLC » (3). Il y est dit :

« Chemin de croix en terre cuite, scènes en haut relief, personnages peints au naturel, costume de l'époque, fond paysage, exécutions irréprochables et conforme au modèle envoyé dont la hauteur est de 1,26 m et largeur de 0 m 60 cm : riches polychromies partout ».

Ayant eu la chance de consulter 5 catalogues de la maison Giscard, dont le plus ancien datait de l'année 1900, j'ai donc tenté de retrouver le modèle de Rennes-le-Château dans ces catalogues. Mais le problème c'est que ces catalogues datent d'au moins 4 ans APRÈS la commande de Saunière. Le modèle RLC y figure-t-il exactement ou bien s'agit-il d'un autre modèle, modifié depuis l'époque de Saunière ?

Il est évident que seule la publication du catalogue de 1896 permettrait de lever définitivement le doute sur l'exactitude du modèle de RLC. De grands chercheurs de cette affaire semblent le posséder ; nous attendons avec impatience qu'ils nous le montrent !

En ce qui me concerne, je suis bien obligé de faire... avec ce que j'ai. Donc, après des heures passées le nez dans les registres et les catalogues, je suis parti à la recherche de ces chemins de croix, sur le papier d'abord, sur le terrain ensuite :

On peut classer ces chemin de croix selon quatre modèles généraux en fonction des scènes qui y sont représentées.

Le modèle « Barbier de Montault » du nom de ce prélat et de son oeuvre littéraire dont sont inspirées les 14 scènes.







Le modèle «Tarentaise », petit clin d'œil à MM. Berlier et Rollat de l'ex-site « Regards du Pilat »







Le modèle de "Rennes-le-Château", reconnaissable à sa station 1 où figure un lion ailé à côté de Pilate.







Et enfin un quatrième modèle, assez proche de celui de RLC mais différent en certains points parmi lesquels la station 1 où ne figure pas le lion ailé.









Ce sont ces troisième et quatrième modèles qui nous intéressent ici.

Une comparaison attentive des dates de commandes des chemins de croix avec ces deux modèles de fonds amène à la conclusion suivante :

- jusqu'en 1898 les stations correspondent à des fonds (les scènes représentées) comme ceux de RLC. 







C'est à dire qu'on y retrouve le fameux lion ailé à la station 1, le soldat barbu jetant les dés à la station 10, le personnage au premier plan portant le Christ à la station 14... et d'autres détails dont une station 12 dont nous aurons à reparler ultérieurement.











- à partir de 1899 les stations diffèrent de celles de RLC : Plus de lion ailé à la station 1, le soldat barbu jetant les dés à la station 10 devient un soldat seulement moustachu, le personnage portant le Christ passe désormais au second plan... Entre autres.





(dessin Christian Attard)




Les données connues concernant le CdC de Rennes-le-Château (registre et contrat Saunière-Giscard) sont:

* la date de la commande (novembre 1896) * l'utilisation de la terre cuite * riches polychromies partout * hauteur 1,26m largeur 0,60m * scènes en haut relief * prix 600 fr

Dans les catalogues Giscard que j'ai consultés, j'ai donc recherché ce qui correspondait à ces données.

Mais si vraiment en 1899 il ne se fait plus aucun CdC avec lion comme à RLC, c'est donc que dans les catalogues à partir de 1900, Giscard ne vend que des CdC SANS lion donc différents de RLC.

Toutefois les illustrations de ces catalogues présentent pourtant des fonds issus des CdC avec lion. Les deux modèles avec et sans lion se ressemblant, Giscard laisse sans doute les anciennes illustrations dans son catalogue.

Le "petit chemin de croix", le modèle n° 16 et le modèle n° 52. Chaque fois la même illustration.







Si l'on se fie aux prix, ces derniers étaient logiquement, quatre ans ou plus après 1896, égaux ou légèrement supérieurs à ceux de 1896. Les fonds de RLC devaient être en « haut relief » et en terre cuite. Les dimensions bien sûr identiques pour un modèle à cadre en escalier roman, de 1,26m de haut sur 60 cm de large.

Deux choix s'offrent au lecteur des catalogues de ces années-là:

le modèle dit « petit chemin de croix » et le modèle « n° 16 ». Le premier coûte 500 fr. Le second coûte 750 fr.

Le « petit chemin de croix » roman a des personnages en hauts reliefs tous finis à la main. Le modèle « n° 16 » est un « chemin de croix style roman à grand relief ».

Grand relief, hauts reliefs... nous serions tentés de dire que littéralement « le petit chemin de croix » l'emporte sur le modèle 16. Les personnages y sont en haut relief, exactement les termes employés dans le contrat Giscard-Saunière. Le prix serait alors inférieur de 100 fr à celui de Saunière.

J'entends déjà certains dirent que nous avons là une preuve que le CdC de RLC a coûté plus cher que le modèle catalogue, donc qu'il y avait une raison à cela.

Ou alors il s'agit du modèle « n° 16 » mais coûtant 750 fr au début du XXème siècle soit 150 fr de plus que celui de Saunière quelques années avant.

Je ne peux hélas rien dire sur le fameux modèle « n° 52 ». Par malchance, la page où il est présenté en terre cuite d'art ne figure pas dans le catalogue que j'ai consulté. Il n'est présenté que dans sa version en carton romain, dans des dimensions de 1,36m de haut sur 66 cm de large. Il semble apparaître dans les registres au cours des années 1900. Mais il a bien existé aussi en terre cuite puisque j'en ai relevé au moins un dans cette matière dans les registres, destiné à une église de la Meuse. Ses dimensions sont très certainement aussi de 1,26m x 0,60m.

Quoi qu'il en soit, « petit chemin de croix », « modèle n° 16 », « modèle n° 52 », dès 1900 sont vraisemblablement tous sans lion.

Peut-être trois modèles similaires pour trois époques différentes ? 
Espérons que le catalogue de 1896 sera enfin publié un jour.




Notes et sources :

(1) - Disponibles sous conditions aux Archives municipales de la ville de Toulouse.
(2) - site :Rennes-le-château-archive.com
(3) - livre "l'ABC de RLC"
, l'encyclopédie de Rennes le Château - Editions Arqa voir leur site : http://abc-de-rlc.org/



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