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On
entend régulièrement dans le milieu des chercheurs castelrennais,
jeunes ou vieux, revenir les noms d'Alaric I ou II comme étant les possibles pourvoyeurs
du trésor des deux Rennes. On parle d'Arche d'Alliance et de Ménorah (le
grand chandelier à 7 branches qui illumina le Temple de Jérusalem) en
évoquant Maurice Leblanc ou Arsène Lupin !
Or, l'arche d'Alliance ne figurait pas dans le butin de Titus
lorsqu'il pilla le temple en 70 car elle n'était plus dans les lieux
depuis bien longtemps déjà.
L'Arche d'Alliance, non... mais le chandelier à sept branches et la
Table des pains de proposition, oui
!
Devenu, dès la destruction du premier Temple (), l'emblème du peuple d'Israël,
le majestueux candélabre fut très précisément décrit par le Dieu de
Moïse en Exode (Chap.25 versets 31-40) :
"Tu feras un
chandelier d'or pur, en or battu il sera fait, le chandelier, sa
base, sa tige et ses calices, et les boutons et les fleurs, d'une seule
pièce. Six tiges sortiront de ses côtés, trois tiges du chandelier
d'un côté, et trois tiges du chandelier de l'autre côté. Trois
calices en forme d'amande sur une tige avec bouton et fleur et trois
calices en forme d'amande sur l'autre tige avec bouton et fleur, ainsi
pour les six tiges sortant du chandelier, et au chandelier quatre
calices en forme d'amande avec leur boutons et leurs fleurs, un bouton
sous deux tiges, un bouton sous deux autres tiges, et un bouton sous
deux tiges, pour les six tiges sortant du chandelier. Les boutons et les
tiges en une seule pièce avec lui, le tout battu dans une seule
pièce d'or pur. Tu feras ses lampes, sept, et on placera ses lampes
pour quelles éclairent vers l'avant. Les pinces et les plateaux seront
d'or pur. Avec un talent d'or pur on le fera, et tous ses objets. Et
vois à bien faire selon leur modèle, tel qu'il t'a été montré sur
la montagne." (1)
Je suis toujours étonné du manque de recherches historiques sérieuses
d'
écrivains trop prolixes et, de moins en moins disposé à leur accorder une
confiance aveugle. Une étude élémentaire leur aurait évité de
proclamer tant de bêtises.
Flavius Joseph
(37-100),
l'historien d'origine juive, nous donne la description de ce chandelier
qu'il a sûrement vu lui-même.
"Vis-à-vis de la table, mais près de la paroi tournée vers le
midi, se trouvait un candélabre d'or fondu en creux du poids de cent
mines, poids que les Hébreux appellent kinchares ; ce qui, traduit
en grec, répond à un talent. Il était composé de petites sphères et
de lis avec des grenades
et de petits cratères ; en tout, soixante-dix objets.
Il était constitué par ces objets depuis la base, qui était unique,
jusqu'en haut. On lui avait donné autant de branches qu'on compte de
planètes avec le soleil. Il se séparait en sept têtes disposées à
intervalles égaux sur une rangée. Chaque tête portait une lampe,
rappelant le nombre des planètes ; elles regardaient l'orient et
le midi, le candélabre étant disposé obliquement."
Celui dont s'empare le romain Titus en 70 (et dont on peut contempler la
représentation fidèle sur son Arc de Triomphe à Rome) n'est peut-être plus l'original car
entre temps sont passées les armées de Nabuchodonosor II en 586
av J-C et les
profanateurs du roi Antiochus Épiphane
en 166 av J-C, mais il correspond lui-aussi à la description de
Flavius Josèphe. Ce n'est peut-être plus l'original car Josèphe
décrit un chandelier d'or fondu et creux, alors que Moïse évoque
un
chandelier d'or pur qui a pu soit être préservé des pilleurs,
soit être emporté par les chaldéens comme l'indique le deuxième
livre des Chroniques chap. 36 verset 19 :
"Nebucadnetsar
emporta à Babylone tous les ustensiles de la maison de Dieu, grands et
petits, les tésors de la maison de l'Éternel, et les trésors du roi
et de ses chefs." |
En
août 410, Alaric
Ier saccage
Rome, mais il accepte de ménager l'Église romaine. A sa mort à la fin
de l'année, il fut semble-t-il
et selon la coutume, enseveli avec son trésor en Calabre. Il n' a
cependant jamais été fait
mention qu'il s'empara du fameux chandelier.
Son successeur Athaulf (et non Alaric
II comme je l'ai souvent lu et entendu et répété !) à la mort de
celui qui était aussi son beau-frère
remonta vers la Gaule et en profita pour épouser à Narbonne sa
captive Galla Placidia,
demi-sœur de l'empereur Honorius. A supposer qu'il put rapatrier
une partie des rapines d'Alaric, jamais ne fut non plus mentionné le
fameux candélabre.
Mais Alaric
Ier ne put saccager Rome "que pendant trois jours",
si l'on ose dire, ce
qui est certes beaucoup mais bien moins que les quinze jours qu'y passa le roi
des vandales Genséric ou Gaiséric (399-477).
Si personne ne mentionna alors le vol de la Ménorah par Alaric, pour
Genséric, il est en tout autrement !
En effet, Genséric (399-477) qui avait moins de scrupules qu'Alaric envers l'Église
de Rome, s'empara en 455 de ce qui avait échappé à
Alaric en 410 : tuiles du capitole, argent, et Ménorah cette fois, pour tout embarquer
vers sa base tunisienne de Carthage.
Le fait fut attesté par bon nombre d'historiens sérieux et repris par François-René de Châteaubriand qui écrit :
"Parmi le butin se trouvèrent les ornements enlevés au temple de
Jérusalem : quel mélange de ruines et de souvenirs !"
et par l'historien Edward Gibbon, entre autres, qui dans son "Histoire
de la décadence et de la chute de l'empire romain" en 1812
précise que :
"les
instrumens sacrés du culte des juifs, la table
d'or, le chandelier d'or à sept branches furent emportés en
même temps que la couverture dorée du toit du capitole mise en place
sous Domitien et qui avait coûté une fortune au contribuable romain.
Les églises ne furent pas, elles non plus, épargnées."
On se souvient
alors des allégations fantaisistes de Philippe de Cherisey à propos de
ces tuiles d'or, il devait lui au-moins, connaître son Histoire. |
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A l'exception d'un navire qui
portait les statues et décorations du Capitole tout arriva à Carthage.
En 455, le roi Genséric donne donc à voir son chandelier sacré à la
très vielle communauté juive de Tunisie qui elle aussi en témoigne.
.
En mars 534, Bélisaire (500-565) reconquiert Carthage et l'Afrique du
Nord pour Justinien le Grand (482-565), le
chandelier est alors transféré à Byzance.
Mais selon G. Welch (3), la tradition rapporte que ce
fut la remarque astucieuse d'un juif qui provoqua le retour de la
Ménorah à Jérusalem. En effet, le chandelier apparut lors d'une
procession triomphale à Constantinople et cette personne s'exclama haut
et fort :
"C'est un
porte-malheur. Là où il va, il amène des conquérants qui l'emportent
avec eux. Vous n'avez qu'à voir l'exemple du pillage de Rome et de la
prise de Carthage. Il n'est pas de bonne augure de le garder à
Constantinople !"
La rumeur se répandit et le chandelier fut donc ramené à Jérusalem et placé dans une église
chrétienne ! Il était donc pratiquement revenu au VIème
siècle à son point de départ.
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L'histoire
officielle ne nous dit plus rien de l'objet mythique et dans ce silence
se sont engouffrés bien des légendes, écrits bien des romans. Peut-on
croire que le chandelier ait attendu là l'arrivée sanguinaire et
destructrice des arabes puis des croisés ? Fut-il une fois encore caché,
transporté ? Nul ne le sait avec certitude. Mais là où l'Histoire
s'arrête commence les légendes.
Signalons à titre anecdotique l'une d'entre elles, plus récente qui
courre sur Internet, elle semble appuyée par les dires de plusieurs
rabbins et a le seul intérêt de démontrer que le sujet n'est pas
exempt d'arrières pensées politiques.
Elle met en scène en 1939 un supposé rabbin natif de Gabès en Tunisie, rabbi
Itshak Haï Bokobza, kabbaliste et Grand-rabbin de Libye (colonie
italienne en 1939) et passant pour accomplir des guérisons
miraculeuses. (4)
En Italie, L'unique successeur de Victor Emmanuel III au trône d'Italie
son fils, Humberto II étant tombé gravement malade, le souverain en
vint, en désespoir de cause, à soi-disant consulter Bokobza qui réussit à
guérir le Prince.
Le Rabbin en remerciement de ses bons soins demanda seulement à voir la Ménorah
qui, selon lui, était conservée dans les fameuses caves du Vatican. Ce
qui lui fut autorisé après acceptation forcée du pape Pie XI.
Le
pauvre homme, dit la légende moderne, ne résista pas à la contemplation du phare mythique de sa
religion et décéda après avoir attendu les 40 jours traditionnels de
l'épreuve et de l'affliction, soit le 12 février 1939, deux jours
après Pie XI !!
Même si ce récit est hautement improbable, il faut cependant convenir
qu'historiquement et psychologiquement, il y aurait de fortes
présomptions qu'un objet aussi emblématique que la Ménorah ne fut
jamais désassemblé ou fondu. Les romains pourtant peu respectueux ne
le firent pas d'avantage que les barbares qui pillèrent Rome.
En Orient, au temps de la puissance de Byzance et plus tard au retour
des pillages renouvelés des Croisés, un tel objet ne pouvait passer inaperçu.
Il faut bien admettre que seul Rome avait le pouvoir de le conserver,
c'est sur cette supposition que se construisirent les légendes modernes
d'une Ménorah, premier symbole du monde biblique que Dieu donna au
hébreux, et qui passa pourtant en bien des mains profanes.
Christian Attard
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