Soufre et Potasse





Détail du Frontispice du "Mystère des cathédrales" de Fulcanelli (1926), dessin signé Julien Champagne






" En ce sens et dans l’argot des étudiants, il (le X) sert à distinguer l’Ecole polytechnique, en lui assurant une supériorité que  - taupins et chers camarades – n’admettraient point que l’on discutât.
Les premiers, candidats de l’école, sont unis, dans chaque promotion ou taupe, par une formule cabalistique composée d’un X dans les angles opposés duquel figurent les symboles chimique du soufre (S) et de l’hydrate de potassium. (KOH)
Cela s’énonce, en argotique, bien entendu, - soufre et potasse pour l’X – "


d


Calot du Taupin

Sur ces quelques lignes écrites par le mystérieux Fulcanelli dans « les demeures philosophales » (1) , nombreux sont ceux qui ont supposé que l’auteur avait été lui-même polytechnicien. Rien n’est moins sûr et il n’était un secret pour personne que l’on nommait taupins les candidats à Polytechnique.
Si les premières années de préparation étaient baptisées en argot de polytechnique les « bizut », les deuxièmes étaient les « carrés » et les troisièmes les « Cube ».

Une chanson nous éclaire en son second couplet :

Le taupin soufre et potasse
C’est la devise du Carré
Il se fiche pas mal de la crasse
Qui recouvre son vieux collet.



Blason de l'X

Les armes de l'Ecole Polytechnique de 1804 à nos jours
(
source Wikipédia)




Qu’en est-il du soufre et de la potasse ?


Casoar

A l’article "potasser", le dictionnaire de l’Argot de l’X  (2) nous dit :

Potasser synonyme de travailler avec ardeur. Très usité dans les collèges et à Saint Cyr dont les élèves ont adopté pour devise cette formule chimique S + KO (soufre et potasse) le mot ne s’emploie plus guère à l’école. A-t-on voulu par cette expérience comparer l’état du cerveau en travail à l’effervescence du potassium quand il s’unit à l’oxygène ? Mystère !

Effervescence qui doit être pour le moins détonante ! Quoi qu’il en soit la devise ne mentionne pas l’oxygène mais le soufre. Il semble donc bien que l’origine de cette devise se soit perdue.

Si le symbole du soufre est bien le S, celui du potassium K découvert en 1807 nous permet de dater aussi l’origine de cette devise. Mais quelque chose semble ne pas fonctionner en dehors du jeu de mot : soufre et potasse.


Le potache ne viendrait pourtant pas du mot potasse mais de bête comme un pot pour certains alors que pour d’autres, les collégiens portant une chapeau nommé « pot-à-chien » seraient devenus des potaches… de potache à potasse, il n’y a plus loin  !
Et le potache qui potasse soufre. Voilà semble-t-il réglé cet ardu problème étymologique.


Le célèbre casoar des saint-cyriens
(Source : Ligne de défence 3)






En mémoire du Prytanée d'Athènes est crée le Prytanée français en 1794 puis cette institution destinée à éduquer les enfants méritants de la Révolution est divisée en quatre collèges : Paris, Compiègne, Saint-Cyr-l'École, Saint-Germain-en-Laye. En 1802, seul Saint-Cyr demeure. En 1808, le Prytanée est transféré à la Flèche (Sarthe) dans les bâtiments du Collège Royal d’Henri IV.
En 1830, est fondée la « Taupe Brutionne » qui regroupe les élèves du Prytanée national militaire de La Flèche préparant le concours d’entrée à l'École Polytechnique. Le surnom de Brution leur venant, dit-on, par dérision des anciens mercenaires romains du Bruttium calabrais et peut-être aussi des instincts brutaux des fléchois confrontés aux policés Saint-cyriens.

Mais, il est très intéressant de s’apercevoir que le Prytanée national militaire a deux devises :

« Noblesse oblige, Bahut aussi »  et « S + KOH : Soufre et potasse »  devise qui aujourd’hui n’est guère utilisée, pas plus qu’à Polytechnique. La devise y a gagné un "H" non moins mystérieux !

Mais effectivement, l’hydroxyde de potassium plus simplement appelé Potasse s’écrit bien KOH. Cependant cette devise nous donne une formule qui aboutit à un sulfure de potassium, mélange qui cette fois peut faire des étincelles puisqu’il est utilisé par de nombreux artificiers.
Il n’est donc pas aberrant qu’un des résultats de cette addition puisse donner un sulfate de potassium, un KSOH.




Mais autre chose caractérise les Saint-cyriens seuls, le plumet rouge et blanc qui orne le shako, leur couvre chef depuis 1855. Plumet que l’on nomme Casoar. Et il est vrai que l’ensemble n’est pas sans rappeler le casoar à casque, oiseau au crane en forme de cone.
Phonétiquement et en langue dite justement des oiseaux le KSOH n’est plus très loin non plus du célèbre Casoar.

Voilà qui pourrait expliquer la succession d’allusions et de jeux de mots de quelques étudiants facétieux et non moins travailleurs.




Sources :

(1) Les Demeures philosophales et le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l'art sacré et l'ésotérisme du grand-œuvre. Préface de Eugène Canseliet, F. C. H. Ouvrage illustré de 40 planches, d'après les dessins de Julien Champagne Paris, Jean Schemit, libr., 1930. In-8, 351 p.. Dernière réédition : Société nouvelle des Éditions Pauvert, Paris, 2001, 2 volumes (470 et 390 p.).

(2) L'argot de l'X : illustré par les X.  Albert-Lévy et G. Pinet - Éditeur : E. Testard (Paris) 1894.

(3) sur l'histoire du Casoar : http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2012/07/13/histoire-de-casoars.html

Le calot du taupin : http://mapage.noos.fr/r.ferreol/langage/argot.htm




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