|
ARCADIA
|
|
|

|
|
L'inscription
du cadran solaire de Notre Dame de Marceille |
|
|
Nous
avons tous, visiteurs de Notre Dame de Marceille, vu cette devise
occitane : |
|
|
"Las
que passoun tournoun pas maï".
Celles qui passent ne reviendront plus. |
|
|
Comment
d'ailleurs la rater ? L'inscription noire sur fond jaune jure par ses
couleurs sur la façade de l'ensemble religieux. On peut se questionner : pourquoi
cette phrase ici, en un milieu où l'occitan n'a jamais été particulièrement
apprécié, ni mis en avant ?
Mais en réalité, il se peut bien que ce soit le vieux principe de
l'arbre qui cache la forêt. Car, écrasant par son manque de goût
l'ancienne inscription, on oublie d'observer celle-ci avec attention.
Le latin et l'état défraîchi des caractères en disent assez sur sa
très probable ancienneté. Mais on peut malgré tout encore lire ou
deviner les mots que voici : |
|
|
|
OMNIS
HOMO, OMNIS HORA
IPSAM ORA ET IMPLORA
EJUS PÄTROCINIA
PSALLE, PSALLE NISU TOTO
CORDIS ORIS VOCE VOTO |
|
|
|
Ce qui
devrait signifier : |
|
|
Tout
homme, à toute heure,
prie et implore
sa protection.
Chante, chante avec toute la force
de prière de la voix du cœur
|
|
|
Un poème
très certainement extrait de quelques litanies, heures saintes ou
année liturgique ...certes, certes... mais en est-on bien sûr ?
Abraham Fraunce naquit en Angleterre en 1558 et fit ses études au
collège de Cambridge pour devenir un brillant homme de loi. Mais il
avait une passion toute particulière pour la littérature et la poésie
et était très admiratif de Philippe Sidney qui naquit lui en 1554.
Sidney
vint au monde avec ce que l'on peut appeler une cuillère d'argent dans
la bouche, car il était le neveu du comte de Leicester, favori de la
Reine Elizabeth. Après des études à Oxford, il suivit une carrière
diplomatique très similaire à celle de Walter MAPES (voir ma découverte du Phylactère)
et devient très probablement un agent de sa majesté sur le continent.
|
|
|

|
|
Sir
Philip Sidney. Charles Scribner's Sons, 1904. |
|
Mais
revenons à Abraham Fraunce, sans que l'on puisse dater cet écrit, il
publia assez tôt semble-t-il une comédie en latin :
"VICTORIA" qu'il dédia à l'homme qu'il admirait et qui
devint son protecteur :Philip Sidney.
Parmi les personnages de cette comédie figure une Virginia. Je vous recopie l'extrait en latin issu de l'acte I scène VIII et consultable
assez facilement sur Internet (1)
|
|
ACTUS I, SCAENA viii
GALLULUS, VIRGINIA,
ONOPHRIUS
AL.
Haec est illa heri medicina mei, haec illa cythara. Sed quid illi
concentus musicus prodesse poterit, qui sibiipsi non consentiat? Quin tu
capias, Gallule, hanc cytharam tibi, nec illi lyram reliquas qui sic
delirat. Doleat ille sibi, fundat etiam, si lubet, lachrymnas. Ego
interim cum so la re solabor me. Sed quaenam est ista quae in obscuro
latet? Mea mehercule est Virginia. Loquar quasi non vidissem, eamque
fictis de industria onerabo laudibus. (Cantat.)
Omnis homo, omni
hora
Ipsam ora et implora
Eius patrocinia.
Psalle, psalle,
nisu toto
Cordis, oris, voce, voto.
Ave plena gratia,
Ave docta, ave dia,
Ave mitis, ave pia,
Ave benedicta,
Ave rosa speciosa,
Ave nota sine nota,
Virago Virginia.
Vas virtutis, via
morum,
Flos odoris, odor florum,
Me tuere, me tuorum
|
|
Nous
sommes en 1580, tout au plus 1590, la paternité du texte ne peut faire
défaut à Fraunce. Voilà donc une bien étrange coïncidence, n'est-il
pas ?
Après un phylactère emprunté à un anglais, cela ne
commencerait-il pas à faire beaucoup ? Le concepteur de l'inscription
murale a bien sûr joué sur l'ambiguïté du texte qui pouvait tout à
fait passer pour une ode à Marie, la vierge. Mais le texte original
fut bien écrit en pensant à cette Virginia.
En 1962, il semble que certaines personnes, érudites cela va de soit,
aient pris conscience de la double lecture possible de cette inscription
ainsi que du phylactère et aient effacé partiellement la première et complètement
le second. Il aurait été très intéressant de lire la ou les lignes
sous la nouvelle inscription aussi occitane que déplacée, ici, dans ce
contexte sacré.
Mais, Je vous sais, lecteurs, exigeants et difficiles à convaincre aussi,
vais-je enfoncer le clou, (si cette expression peut-être perçue sans
autre arrière pensée mystique) et je vous invite à vous pencher sur les écrits de
mister Fraunce. Vous
aurez l'heureuse surprise de trouver parmi eux un
Arcadian Rhetorike
de 1588 !
Comme le monde est petit ? Fraunce en effet a écrit sur l'Arcadie, tout
comme son mécène Sidney a lui aussi écrit des sonnets dans l'unique
but, prétendait-il de distraire sa sœur, la comtesse de Pembroke. Le
titre de ces écrits considérés comme une oeuvre majeure de la
littérature du XVIème siècle en Angleterre ? Tout simplement :
ARCADIA !
Ainsi l'air de rien, petit à petit nous voilà en terre connue et
reconnue. Étranges réminiscences que celles qui nous renvoient ainsi
de Notre Dame de Marceille, par l'intermédiaire de bien anglais auteurs
à un lieu si recherché...
Christian Attard
|
| vers |
|
|
Notes
et sources :
(1) - http://www.philological.bham.ac.uk/victoria/act1lat.html |
|
| Retour
vers la Reine |